À partir du milieu des années 1960, la consommation de psychotropes (en particulier le LSD), devenue courante dans les milieux intellectuels, marque le début de la création artistique sous emprise. Alors que l'acid rock naît sur la côte ouest des États-Unis avec le Grateful Dead, le psychédélisme fait également son apparition au Royaume-Uni à travers les premiers concerts de Pink Floyd, la formation de Cream ou encore l'album Revolver de The Beatles. Mais c'est avec l'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band de ces derniers que cette influence devient manifeste pour le grand public. Cette tendance initie le retour en force des groupes américains tels que The Byrds, The Doors ou Jefferson Airplane. L'oeil du cyclone se situe néanmoins toujours au Royaume-Uni. De nouveaux courants voient le jour avec notamment le rock progressif de King Crimson, Emerson, Lake & Palmer, Genesis ou Yes qui introduit des éléments issus du jazz et de la musique classique ou le hard rock dont les prémices se font sentir dès 1967 à travers les riffs de guitare saturés de Cream ou Jimi Hendrix, et qui naitra véritablement avec Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath ou encore Blue Cheer.
Le rock de la fin des années 1960 se politise et le Flower Power est l'expression pacifique du rock planant qui caractérise le passage entre l'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band de The Beatles en 1967 et les premiers riffs punk de 1975. Le passage aux années 1970 est marqué par la mort prématurée de nombreuses stars du rock, comme Jimi Hendrix, Brian Jones, Janis Joplin ou encore Jim Morrison, la plupart tout juste âgés de 27 ans.
Le psychédélisme est un style qui englobe donc des groupes variés qui ont un certain sens de l'expérimentation. Ainsi même des groupes comme The Velvet Underground peuvent parfois être qualifié de psychédéliste. On distinguera alors le psychédélisme fondé sur le Flower Power d'un psychédélisme plus sombre et/ou underground. Par là même, on peut citer Hawkwind ou encore Amon Düül II, fervents de voyages nocturnes et fantômatiques.
En d'autres termes, le psychédélisme s'apparente à une tentative d'élévation au-dessus du réel, pour aboutir à un degré supérieur de conscience.
C'est là que certaines drogues interviennent : le LSD, la Mescaline, plus quelques acides et champignons... Hallucinogènes, elles deviennent « psychédéliques » par leur capacité à « ouvrir les portes de la perception » pour citer une célèbre formule d'Aldous Huxley. Reprenant une antique fonction de la drogue, que beaucoup de rites magiques semblent avoir employé, les théoriciens du psychédélisme ont fait d'elle un instrument « mystique », au sens strict : le moyen de découvrir quelque chose de caché.
Pris dans un phénomène historique curieux : le mouvement hippie, le phénomène psychédélique a donc consisté en un engouement pour les drogues hallucinogènes, combiné à une fascination pour les mystiques orientales (bouddhisme, hindouisme et multiples dérivés sectaires de ces deux religions) et certaines idées de la gauche révolutionnaire. Dans une société excédée par la Guerre Froide et les archaïsmes moraux, la jeunesse américaine - bientôt suivie par les Européens - voulut réécrire les règles du monde. Et tout ce qui pouvait être transgressif, ou amener à une vision différente des choses, était bon.
On connaît la suite : l'histoire s'est terminée en eau de boudin vers la fin des années 60, et le monde n'a pas tant changé que ça, à part une libération sexuelle trop souvent surestimée. Néanmoins, sur le plan culturel, le psychédélisme à laissé des traces : quelques grands films (« Blow-Up » d'Antonioni ou « 2001 » de Kubrick), des bons livres et une contribution majeure à l'histoire du rock, dont on peut encore ressentir les secousses. L'acid-rock (ou rock psychédélique) correspond exactement au moment où les choses ont basculé, où le vieux rock'n roll a définitivement passé l'arme à gauche pour renaître, changé en ce caméléon électrique que nous connaissons aujourd'hui.
Difficile de caractériser l'esthétique psychédélique... Pour toutes les raisons déjà évoquées, elle est avant tout affaire d'idées. Visuellement, elle s'est souvent caractérisée par un usage excessif des lumières vives et des couleurs, destiné à hypnotiser le regard. Musicalement, le rock psychédélique se doit d'être planant, d'accompagner au mieux l'auditeur dans un trip. Ce qui passe par un certain nombre de stratégies (transes répétitives, dissonances, effets électroniques, etc.) qu'on essaiera de présenter plus en détails dans la playlist.
L'histoire du psychédélisme est compliquée, délirante et trop riche pour être divulguée intégralement en quelques pages. On essaiera néanmoins d'indiquer quelques pistes, pour mieux comprendre le rôle charnière de cette époque.